« 27 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 215-216], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11519, page consultée le 03 mai 2026.
27 décembre [1843], mercredi matin, 10 h.
Bonjour mon petit Toto bien-aimé, bonjour ma adoré petit homme, bonjour, bonjour,
je
t’aime. Ô oui je t’aime ! Je ne peux pas dire que ce soit tous les jours plus parce
que l’impossible n’existe pas mais je t’aime tous les jours autant. Jamais tu ne m’as
paru plus jeune, plus beau et plus charmant qu’à présent. Tu es mon ravissant petit
Pécopin1 à qui mon amour
sert de talisman. Mais prenez garde que je ne vous aime plus et que je m’enferme comme
une petite vrille de flamme dans mon plancher et vous verrez la figure et la perruque
d’académicien que vous aurez à la place de vos plantureux cheveux noirs et votre
délicieuse petite figure de jouvenceau.
Moi qui n’ai pas de talisman je file des jours tristes de cheveux gris comme la pauvre
Bauldour et je me glabre de plus en plus. Voilà ce que c’est
que d’aimer un beau Pécopin qui courta les aventures. Si jamais je redevenais jeune cela ne
m’arriverait plus. Voime, voime, je t’en
fiche.
J’ai oublié de te prier hier d’écrire un mot sur l’exemplaire de ton
discours que je voulais envoyer à mon beau-frère. C’est ma faute mais cela lui aurait
fait un double plaisir avec un petit mot de toi. La caisse part ce soir. J’ai envoyé
tout à l’heure le discours chez la mère Lanvin.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je voudrais bien vous voir mon adoré. Est-ce que
vous ne viendrez pas bien vite ? Tu m’as quitté bien tôt hier, mon cher bien-aimé,
cela a diminué d’autant ma pauvre petite ration quotidienne de bonheur. Il faut tâcher
de me la rendre aujourd’hui en venant plus tôt et en restant plus longtemps. Je serai
la plus heureuse des femmes.
Juliette
1 Pécopin est le personnage d’une légende reprise dans la lettre XXI du Rhin, « La légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour ». Lui rajeunit au fur et à mesure qu’elle vieillit.
a « courre ».
« 27 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 217-218], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11519, page consultée le 03 mai 2026.
27 décembre [1843], mercredi soir, 10 h.
Tu es venu dans un bien mauvais moment tantôt mon adoré, et pour que rien ne manque
à mes regrets tu n’es pas revenu depuis. Hélas je ne suis pas heureuse en rien et
pour
une pauvre fois que tu viens par hasard de bonne heure tu me trouves dans un
hourvaria1 hideux et dans un négligé du matin à ne pas prendre avec des pincettes. Tu t’es
sauvé du coup et tu n’as pas encore pu prendre sur toi de revenir dans la crainte
de
revoir cette effroyable sorcière de tantôt. Cependant mon cher petit, je me suis bien
dépêchée de finir tous les ramonages pour me débarbouiller et me rabobiner un peu
dans
l’espoir que tu reviendrais ce soir. Hélas ! Ma propreté tardive m’a moins réussi
que
ma saleté de ce matin. Enfin, il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher et se
résigner, sinon de fait, au moins d’apparence.
Jourdain a envoyé chercher les deux
fauteuils tantôt. Son ouvrier a essayé de rajuster le lit mais il n’y a pas réussi :
il prétend qu’il faudra être deux et avoir peut-être besoin du menuisier. Autre
aria2 et autre ennui. Mme Guérard est
venue me voir ce soir, je lui ai promis ton discours que je lui donnerai si tu me
le
donnes car nous n’avions pas compté sur celui de mon frère.
Je t’aime mon Toto
mais je [illis.]
Juliette
1 Hourvari : grand tumulte.
2 Aria : occupation, désordre.
a « ourvari ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
